Estamos sempre a subir, vazimbora minha gente!
Le Kuduro (« cul serré ») est le son du nouvel Angola. Le fruit du métissage des musiques dansées par les aînés — kizomba, mais aussi semba — avec les programmations électroniques fabriquées dans des studios de fortune par de jeunes producteurs nourris à la house, au ragga, au hip-hop, et autres nouvelles musiques urbaines. Craché par les enceintes des candoga, les taxis collectifs de Luanda, le Kuduro vient ainsi de rythmer les premières élections organisées en seize ans dans l'ancienne colonie portugaise. Le MPLA, au pouvoir depuis l'indépendance, en est sorti crédité de 81,64% des voix.
Le Kuduro s'exporte aussi. Dans les boîtes de nuit d'Afrique de l'Ouest, il est d'ores et déjà en train de damer le pion au Coupé Décalé, et autres styles ivoiriens qui avaient eux-mêmes supplanté les musiques de Kinshasa. A Paris, plus une soirée communautaire sans ses beatsélectroniques de Kuduro, dont le tempo, plus ou moins frénétique, évoque le chaos des embouteillages qui coagulent à heures régulières Luanda, la ville aux cinq millions d'habitants. A Londres, les DJs branchés, spécialisés en « ghetto pop » — les mixconsacrés à toutes les musiques urbaines issues des ghettos du Sud —, s'en sont emparés. Et de Lisbonne, ville-référence de l'Afrique lusophone, le Kuduro a désormais rebondi vers le Brésil noir. Pour preuve, la présence au dernier carnaval de Bahia de son ambassadeur, le chanteur-producteur Dog Murras, dont le nouveau site est d'ailleurs immatriculé au Brésil.
L'initiateur de ce nouveau métagenre musical est Tony Amado (voir « The Creation of Kuduro »). On lui doit les tout premiers succès, au milieu des années 1990, de cette musique syncrétique, sur fond d'ouverture politique et économique ayant suivi les élections de 1992. D'abord considéré comme « non-angolaise » par l'élite de Luanda, le Kuduro, l'une des premières musiques électronique d'Afrique (avec le kwaito sud-africain), va finir par s'imposer en 2001 dans les musseque d'une ville saturée par les réfugiés venus de l'intérieur du pays. Cette année-là, le concert du jeune Virgilio Fire sur la scène du Ciné Tropical de Luanda fait sortir le Kuduro des ghettos. Estamos Sempre à Subir devient d'abord l'hymne du petit peuple de Luanda ayant dû composer avec les vaches maigres et les épreuves des années de guerre — avant de devenir l'année suivante l'antienne d'un pays venant de renouer avec la paix.